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Antennes relais

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Cette page aborde la question des litiges liés à l'implantation d'antennes relais, et leur impact sur la santé. Enquête réalisée à partir de cas réels.

Avertissement : pour des données actualisées, se référer au site suivant :

www.robindestoits.org

Chapitre extrait de l'ouvrage "Résistez! Les vraies raisons de luter, les outils pour se faire entendre", par Emmanuel Hussenet - Village éditions.

 

À la suite des multiples excroissances qui sont apparues dans le décor rural au cours du dernier siècle (silos à grain, châteaux d’eau, lignes de transport électrique, etc.), et de toutes les formes d’occupation du sol expérimentées par les promoteurs du développement (centres d’enfouissement, autoroutes, zones industrielles, etc.), on pouvait penser que des petites antennes, éparpillées ici ou là sur des pylônes d’une trentaine de mètres de haut seulement, ou accrochées au toit des édifices, seraient passées inaperçues. L’ère de la téléphonie mobile ne devait pas entraîner de trouble majeur. En fait, bien mal intentionné, au départ, celui qui aurait trouvé quelque chose à lui reprocher.

Inesthétiques, les pylônes et antennes relais de téléphonie mobile ? Si peu, comparativement à tant d’autres prédateurs du paysage. De plus, un certain don de mimétisme favoriserait leur intégration à leur environnement : ne prennent-elle pas la couleur de l’édifice qui les supporte ? Ne poussent-elles pas sur le côté des places publiques ou des établissements scolaires, plutôt qu’au milieu ? N’est-ce pas de la mauvaise volonté si des riverains trouvent encore à redire à ces installations, elles qui font tout leur possible pour ne pas causer de gêne ? Autour des immeubles classés, d’ailleurs, elles n’apparaissent pas, l’architecte des Bâtiments de France veille au grain. Elles se dispersent un peu plus loin, donc, mêlées au reste… Alors pourquoi tant de haine ?

C’est vrai qu’elles ne sont pas populaires, ces petites antennes. Il faut reconnaître que leurs émissions provoquent quelques troubles sur la santé, même si ceux qui les installent le nient. Pas de principe de précaution sans preuves ! Alors, on continue. Les maires qui osent produire des arrêtés de réglementation sont impitoyablement poursuivis par les opérateurs. Progrès et service public ne vont quand même pas se laisser entraver par les lubies de quelques insomniaques ! Et puis, quel rapport peut-il bien exister entre ces malheureuses antennes, et les migraines, les crises de zona et les crises de nerf des riverains à la santé délicate ? Et pourquoi est-ce que c’est toujours parmi les femmes les plus exposées aux ondes que l’on observe le plus de fausses couches et de malformations des nouveau-nés ?
 

Ondes de révolte
 

L’implantation sauvage des antennes relais de téléphonie mobile est préoccupante. En ville comme à la campagne, le fléau est cette fois le même, et ses effets sont ignorés par les services de l’État. Nous touchons là à ce qui est probablement appelé à devenir l’un des plus grands scandales sanitaires de notre temps. Si rien n’est fait pour réglementer efficacement l’implantation de ces appareils, il est probable que la France traversera une grave période de remous sociaux.

D’un côté, la population qui vit à proximité d’une antenne relais se plaint de souffrir de troubles importants et parfois handicapants, et de l’autre, les opérateurs de téléphonie affirment que rien ne prouve que leur matériel est à l’origine de ces troubles et que, par conséquent, il est inutile de le déplacer ou d’en restreindre la puissance. Alors qui a raison ? Il ne se passe pas un jour sans que la presse ne s’intéresse à ce problème et ne publie un article ou un dossier cherchant à éclairer la situation. De nouveaux résultats de recherches scientifiques – qui tentent de démontrer la nocivité de ces ondes d’un nouveau type – étayent régulièrement les soupçons. Les opérateurs nient en bloc, ou dans le meilleur des cas, reconnaissent l’intérêt d’appliquer un début de principe de précaution. Députés et sénateurs rédigent des projets de loi visant à mettre un peu d’ordre dans l’anarchie des ondes, projets jusqu’à présent rejetés. Et le gouvernement Jospin de signer, 48 heures à peine avant son départ de Matignon en mai 2002, une ordonnance qui fixe les normes à ne pas dépasser par les installateurs… normes établies par les constructeurs eux-mêmes et qui ne tiennent aucun compte des revendications des associations de citoyens.

Les antennes relais sont réellement dangereuses. Pour preuve, le témoignage de milliers de personnes qui souffrent de troubles de diverses natures depuis la mise en service de ces appareils. Ces personnes ne dénigrent pas ces antennes par plaisir. Elles ne cherchent pas à nuire aux opérateurs ou à se débarrasser de la vue d’appareils – somme toute – discrets comparativement aux antennes de télévision et paraboles qui se sont jusque-là intégrées au quotidien sans remous. Tous les plaignants, d’ailleurs, commencent par attribuer leur malaise à la fatigue, au stress ou à l’âge. Ce n’est qu’en constatant l’inefficacité des traitements et en lisant les journaux qu’ils se mettent à s’interroger sur les antennes ; avec incrédulité, car la voie officielle ne cesse de rappeler l’innocuité des rayonnements non ionisants. Les gens se disent : “ Je me trompe, ce n’est pas possible, ça ne peut pas venir de là… ” Mais ils devront souffrir encore de bien des migraines et d’insomnies avant d’établir un lien entre leurs malaises et les relais de téléphonie mobile. Ces personnes s’expriment de bonne foi et sont tout à fait prêtes à admettre que leur souffrance trouve son origine ailleurs, à condition que les scientifiques soient capables de leur dire où !
 

Une nouvelle menace sur la campagne :

En milieu rural, ces pylônes de 10 à 40 mètres de haut qui s’implantent un peu partout font peur. Visuellement d’abord, ils agacent. Une antenne (ou pylône) est repérée quelque part, et tout le voisinage en parle ! A-t-on demandé l’avis des habitants du village ? Non, bien sûr ! Tout a été prévu dans un contrat qu’ont signé l’opérateur et le propriétaire de l’immeuble ou du terrain. Parfois il est tenu compte d’éventuelles restrictions communales – comme le plan local d’urbanisme –, mais le plus souvent les opérateurs passent outre, sachant qu’une fois installée, légale ou non, une antenne est presque indélogeable. Par la suite, les bruits qui circulent sur le danger des micro-ondes ne risquent pas de s’apaiser. L’absence d’étude épidémiologique capable d’infirmer les soupçons laisse le champ libre aux pires scénarios.

Les plaintes arrivent en nombre dès lors qu’une antenne surplombe une cour d’école ou fait de l’ombre à une maison. Nervosité, insomnie, irruptions cutanées, fatigue, baisse de libido… Le coupable est trouvé ! L’antenne relais, outre les effets nocifs qui lui sont indiscutablement liés, hérite de tous les maux du monde moderne. Plus visible qu’une pollution à l’ozone ou au dioxyde d’azote, moins pernicieuse qu’une contamination au plomb ou à l’aluminium, voilà l’antenne relais, devenue la cible d’une population trop souvent prise pour cobaye. Déjà plus de 30 000 sur l’ensemble du territoire, elles ont pour vertu de rapprocher un peu plus les Français… par la communication, certes, mais aussi par le malaise collectif qu’elles propagent en eux.

Mises à part d’obscures recommandations ministérielles jamais prises en compte, les opérateurs de téléphonie mobile ont toute latitude pour choisir les sites d’implantation, et ne sont pas tenus de consulter le voisinage. Pour environ 2 300 euros (15 000 francs) ou plus par an pour la pose d’une antenne relais – somme versée judicieusement à l’avance –, le propriétaire va accepter de céder un petit morceau de son terrain ou de son toit à l’opérateur venu le démarcher, et ce avec d’autant plus de facilité que lui-même n’y réside pas. Les contrats ont généralement une durée de dix ans ; en cas de résiliation, le propriétaire (qui peut être la commune) devra rembourser à l’opérateur le trop-perçu.

En plaine, là où les opérateurs manquent de points élevés pour installer leur matériel, les châteaux d’eau représentent des tuteurs de premier choix qu’ils se trouvent en rase campagne ou au milieu d’un village. Inutile de soudoyer le propriétaire dès lors que le château d’eau appartient déjà au groupe Vivendi-SRF (Vivendi, ex-Générale des Eaux). Vivendi s’installera donc en toute sérénité, puis louera le site à ses concurrents, Bouygues Telecom et Orange-France Télécom. Bouygues, en tant que géant du bâtiment, aime investir un site qu’il a lui-même mis en chantier, et bénéficie d’un fort pouvoir de persuasion auprès des maires grâce aux travaux qu’il peut proposer en échange. Quant à Orange, émanation commerciale de France Télécom, le poids du monstre est tel que peu de choses lui résistent. […]
 

Vivre sous une antenne relais

Les rayonnements sont imperceptibles pour la plupart des gens, aussi est-il très difficile d’établir un lien entre certains troubles et l’antenne relais. Dans leur proposition de loi, les députés préconisaient 1 volt par mètre maximum pour les habitants. Le fait est que les personnes qui vivent directement dans le faisceau d’une antenne relais reçoivent en permanence des doses supérieures à 1 volt par mètre, puisque ces doses sont extrêmement fluctuantes et peuvent atteindre des pics à 7 volts par mètre.

Les troubles les plus fréquents et les plus caractéristiques sont liés au sommeil. Si vous faites partie des personnes les moins exposées, vous ne constatez aucun effet sensible. Hormis un détail : chaque nuit, vous vous réveillez. Ce réveil peut être sans conséquences et reconduire presque aussitôt dans le sommeil, mais il a néanmoins quelque chose de particulier. Il intervient toujours à la même heure. Parlez-en à vos voisins, demandez-leur s’ils se réveillent en pleine nuit sans raison apparente, et à quelle heure. Comparez l’heure de leur réveil avec celle du vôtre. Si c’est la même, parlez-en à votre médecin pour le convaincre que la réponse chimique – la prise de somnifères – n’est pas la réponse adaptée au phénomène. Autre chose : rêvez-vous encore ?

Pour les personnes plus exposées ou plus sensibles, les réveils nocturnes se font en sursaut, et peuvent s’accompagner d’insomnies prolongées, d’angoisses et de suées. Toujours à la même heure, généralement 3 ou 4 heures du matin en semaine, vers 6 heures le week-end. Toujours pas de rêves. Les heures de réveil correspondent aux heures creuses : à ce moment, les opérateurs, qui commandent leurs antennes à distance, interviennent sur les émissions pour une raison précise, probablement pour une sauvegarde de données ou une remise à niveau.

Ces troubles apparaissent à partir d’une date bien déterminée et ne déclinent pas. Demandez à votre médecin qu’il vous prescrive une analyse de sang. Il y a de fortes chances pour que le résultat, sans être catastrophique, dénote un taux de globules rouges et blancs relativement bas. Dans les cas graves, ces taux sont très bas et favorisent l’affaiblissement de l’organisme, ainsi que une grande sensibilité aux contagions diverses par défaut immunitaire. Chez les enfants, les effets peuvent devenir irréversibles et entraîner des leucémies.

Vivre face à une antenne relais signifie également souffrir de fatigue et être touché par diverses formes de pathologies cutanées. Le stress est caractéristique de la proximité de champs magnétiques, le même stress que l’on retrouve chez les riverains de lignes à haute tension. Ces champs magnétiques (mesurés en volts par mètre) s’accompagnent, dans le cas des antennes relais de téléphonie mobile, de micro-ondes pulsées à très basses fréquences, et qui sont capables, contrairement aux ondes de radiotélévision, de traverser l’organisme. Il s’agit de véritables “ flèches empoisonnées ” dont l’impact, à partir d’une certaine quantité perçue tout le long de la vie, pourrait être irréversible. Bien entendu, le manque de recul par rapport à ces nouvelles pollutions ne permet pas d’évaluer les dégâts à venir.

Pour des raisons encore mal cernées, certaines personnes – heureusement assez rares ! – “ entrent en résonance ” avec les antennes relais : elles ressentent de telles douleurs qu’elles paraissent folles. La réponse de la médecine sera de faire intervenir le service des soins psychiatriques… Plus fréquemment, et de manière assez caractéristique, les riverains se plaindront de bourdonnements et de sifflements dans les oreilles.

La santé des animaux n’est pas épargnée (voir “ Les poussins de Mme Jeanjon ”). La seule mesure préventive et curative efficace reste l’éloignement. Ne pas rester chez soi toute la journée, partir régulièrement en week-end et en vacances
– comportement naturel chez nombre d’actifs, mais beaucoup moins chez les personnes âgées qui sont de ce fait le plus exposées. Il est recommandé de ne pas fermer les volets métalliques, car la réflexion des ondes multiplie les impacts, et de faire réaliser des mesures à titre préventif pour déterminer quels endroits des chambres sont le moins exposées, afin de déplacer le lit en conséquence. L’UMTS, ou portable de la troisième génération, impliquera l’installation de deux à trois fois plus d’antennes, et utilisera des fréquences vraisemblablement encore plus nocives... […]
 

Entretien avec Éliane Spitery
coordinatrice régionale Languedoc-Roussillon de PRIARTèM
 

Des propositions de lois sont présentées sans qu’aucune ne soit retenue. Seuls les opérateurs ont jusqu’à présent obtenu gain de cause : est-ce normal ?

L’ancien gouvernement s’est comporté de façon scandaleuse ! Les nouvelles normes qui ont été décidées (41 volts par mètre pour le 900 mégahertz, 58 volts par mètre pour le 1 800 mégahertz) entrent dans le cadre de la loi du travail pour protéger des effets thermiques les professionnels susceptibles d’intervenir à proximité des antennes, mais n’abordent pas le fait que les gens qui vivent sous les antennes relais peuvent aussi être touchés, et cela en permanence ! La loi qui a été votée est scélérate : il s’agit d’une décision interministérielle par laquelle le gouvernement n’a fait que tenir ses engagements vis-à-vis des opérateurs. Christian Pierret, ancien secrétaire d’État à l’Industrie, est très lié à France Télécom. Quant à Jean-François Mattei, ministre de la Santé du gouvernement Raffarin, il fait partie des parlementaires qui ont rédigé le projet de loi qui a été repoussé : on peut espérer que les conditions seront plus favorables à une réglementation, mais l’influence de France Télécom est encore prépondérante. De plus, bon nombre de politiques ne sont pas conscients de la gravité de la situation, et sont persuadés que les risques ne sont pas aussi grands que certains le prétendent. C’est pour cela que tous ceux qui subissent la présence d’une antenne doivent écrire à leur député et à M. Mattei pour leur rappeler les souffrances endurées et leur faire connaître une réalité qu’ils ignorent parfois en toute bonne foi.

Un débat public comme celui qui s’est tenu dans la salle Médicis au sénat le 18 avril 2002 sur “ Téléphonie et santé ”, n’est-il pas propice à faire avancer les choses ?

J’ai assisté à ce débat. Concernant le téléphone mobile, on commence à dire, du bout des lèvres, des choses qui jusque-là n’étaient pas accessibles au grand public. Mais en ce qui concerne les antennes relais, on ne voit toujours pas où est le problème ! Le discours du directeur général de la santé n’a absolument pas changé, c’est le même que lorsqu’on disait que Tchernobyl n’a eu aucune conséquence en France ! La technique des opérateurs reste identique, elle consiste à dénigrer le travail des experts indépendants et à exercer des pressions. Les opérateurs ont réaffirmé en public qu’il n’y a aucun impact sur la santé en matière d’antenne relais. Alors, des membres de PRIARTèM se sont levés et ont proposé à ces messieurs, puisqu’il n’y a aucun danger, de venir vivre une semaine dans n’importe lequel des appartements des membres de l’association. Ils ne perdraient rien à l’expérience : certains possèdent de superbes villas sur la Côte d’Azur, la totale jouissance leur en était offerte ! Personne n’a répondu à l’invitation.

Puisqu’il y a tant de gens touchés, comment se fait-il qu’ils ne se mobilisent pas davantage ?

La première réaction des gens – ce qui est compréhensible – n’est pas de lutter contre les opérateurs ou l’Administration, mais de fuir. Les locataires quittent les appartements situés sous les antennes pour s’installer ailleurs. Quant à ceux qui n’ont pas les moyens de partir, ils deviennent irritables, désespérés, et ne savent plus comment s’en sortir. Je suis médecin. Quand je rencontre une femme enceinte qui vit dans un appartement surexposé, je ne peux pas lui dire de rester et de se battre ! Elle doit quitter les lieux au plus vite. J’ai constaté de très nombreux cas de fausses couches chez des femmes qui vivent près d’une antenne relais, ainsi que des malformations chez les nouveau-nés au niveau des organes génitaux, ce qui ne correspond pas à des pathologies héréditaires. La cause n’est pas génétique, elle est environnementale. Je connais une femme qui en est à sa quatrième fausse couche ! La grossesse est stoppée vers quatre ou cinq mois. Mais on parle très peu de ces choses.

Ces constats sont terribles, mais ne sont-ils pas exceptionnels ?

Non, parce que les antennes sont partout, il suffit de lever les yeux pour les repérer. Cela fait seulement deux ans que la pression est mise : le plus grave est à venir. La région de Nîmes où j’habite est très plane. Les seules constructions qui émergent sont les châteaux d’eau. Aussi sont-ils pris d’assaut par les antennes ! À Rodihan, le château d’eau est situé à l’intérieur de la commune : pas moins de 15 antennes l’ont investi. Parmi ces antennes, 9 se trouvent sur la coupole, et 6 sur le pilier. Personne ne s’était plaint tant que les appareils étaient sur la coupole. Depuis qu’Orange a installé ses antennes sur le pilier, la situation est devenue invivable pour les riverains. Dès leur mise en fonction, un jeune couple, l’homme en particulier, a souffert de troubles du sommeil importants, d’hypertension apparue brutalement, d’acouphène (bruit dans les oreilles) accompagné de douleurs. L’analyse sanguine a révélé une diminution des globules blancs que rien ne pouvait expliquer, excepté les 3,3 volts par mètre relevés dans leur pavillon. Ce château d’eau se trouve juste contre une école. Je suis très inquiète pour l’avenir des enfants qui vont être exposés pendant toute leur scolarité. Que se passera-t-il à la puberté ?

Existe-t-il d’autres formes de nuisances ?

Il arrive que dans des villages, si on se gare à certains endroits, le lendemain la voiture ne redémarre pas. Les gens du coin le savent, mais les visiteurs incrédules ou qui n’ont pas été avertis se font souvent piéger. Des troubles dans la réception radio ou télé sont fréquents. Chez certains, les portes automatiques des garages deviennent capricieuses, alors que chez d’autres les alarmes se déclenchent de façon intempestive. Quant à ceux qui avaient la chance de disposer d’une terrasse où faire des barbecues en été : fini ! Beaucoup de gens malades ne font pas le rapprochement entre ce qu’ils ressentent et les antennes, car ils ont l’habitude de les voir et n’y ont pas toujours été sensibles. J’ai eu le cas d’une personne qui, me décrivant les symptômes de l’insomnie dont elle souffrait, décrivait sans le savoir les symptômes caractéristiques de la surexposition aux ondes à basse fréquence. Elle me disait n’avoir remarqué aucune antenne à proximité de son domicile, mais j’étais persuadée qu’il y en avait une quelque part. Les mesures réalisées dans son appartement m’ont donné raison.

Existe-t-il des opérateurs plus à l’écoute que d’autres ?

Oui, il y a des différences, même si tous trois se serrent les coudes. Bouygues Telecom fait quelques efforts, et emploie un médiateur chargé de rendre visite aux familles qui se plaignent. Après des mots rassurants et un discours sur le principe de précaution, le médiateur s’en va en promettant que quelque chose sera fait. Il est arrivé en effet que Bouygues déplace de lui-même ses antennes pour apaiser des habitants, en leur soufflant à l’issue de l’intervention : “ Mais ne dites pas que c’est pour des raisons de santé ! ” Alors que Bouygues Telecom apparaît comme l’opérateur le plus ouvert, Orange est incontestablement le plus arrogant. Pour eux, pas question d’envisager qu’un quelconque risque puisse exister. Ils font leur boulot au nom de ce qu’ils prétendent être “ le service public ” – ce qui est absolument faux car il s’agit d’une société privée – et n’entendent pas être contrariés. Le groupe ne veut pas créer de jurisprudence et ne cède rien. Les procès avec Orange sont toujours menés jusqu’au bout, sans qu’aucun accord amiable ne soit obtenu. Quand ils mesurent dans un appartement 4 volts par mètres, ils lancent “ mais vous êtes dix fois en dessous des normes ! ” Or, avec une moyenne de 4 volts par mètres chez soi, on ne peut pas vivre. Quant à SFR, c’est entre les deux… SFR discute, mais en définitive, préfère ne pas se prononcer tant que les résultats des enquêtes de santé ne sont pas publiés. Pour le moment, la société évite autant que possible de s’attirer l’hostilité de la population, et se réfugie derrière l’absence de preuves.

Où peut-on trouver un laboratoire indépendant ?

Les laboratoires qui étudient ces questions et sont reconnus sur la place publique dépendent tous plus ou moins des groupes Alcatel, Bouygues Telecom et Cegetel. C’est normal, car un laboratoire réellement indépendant ne pourrait pas subsister. On sait que chaque fois que ces laboratoires déplacent du personnel pour effectuer des mesures chez les habitants, l’opérateur baisse la puissance de ses antennes. Quant à l’expert indépendant, c’est la perle rare ! Et souvent, hélas, il ne reste pas indépendant longtemps. L’objectif de PRIARTèM est aussi d’acquérir son propre matériel de mesures.

En cas de litige, le démontage est-il la seule solution ?

Non, il suffit parfois de réorienter les antennes ou de réduire leur puissance, mais pour cela les opérateurs doivent d’abord reconnaître que leur matériel est cause de troubles, ce qui n’est pas encore gagné. Tous les combats sont menés au cas par cas. Depuis le changement de gouvernement, la situation s’est aggravée, car les opérateurs craignent l’arrivée d’une législation et se précipitent pour multiplier leurs installations ! La réglementation risque d’arriver trop tard, alors que la couverture des différents réseaux sera intégralement assurée. On sait que la téléphonie mobile peut être opérante avec des antennes beaucoup moins puissantes, mais alors la qualité de réception dans les véhicules et les appartements est moindre, et les téléphones portables doivent fonctionner avec plus de puissance, ce qui augmente le risque à leur niveau. Si on baisse les antennes, cela veut dire plus de risques pour les portables.

Y a-t-il eu des personnes qui, constatant que les pouvoirs publics laissaient faire, s’en sont prises directement aux antennes pour les mettre hors d’usage ?

Un José Bové, vous voulez dire ? Non, pas encore. À Nice, il y aurait eu le cas d’une personne excédée qui aurait démonté une antenne, mais l’affaire a été étouffée. Je ne souhaite pas que cela arrive, car j’aimerais que nous puissions gagner légalement. De plus, endommager une antenne ne sert à rien, elle sera très vite remise en service et l’auteur de la dégradation sera poursuivi. Pour le moment, la seule arme dont nous disposions, c’est l’arrêté municipal. C’est pourquoi, lorsque des nuisances sont ressenties, les riverains doivent se tourner vers le maire pour lui demander de réglementer les installations. Le plus difficile est de lui faire prendre conscience qu’il y a un réel problème et que ce problème a une cause précise. Pour cela, le questionnaire de voisinage est un bon outil. La situation est évidemment moins favorable quand l’antenne, isolée dans un hameau de campagne, ne nuit qu’à un très petit nombre de personnes. Quoi qu’il en soit, ces antennes relais, nous n’avons pas fini d’en parler. Les opérateurs ont du souci à se faire, car leur mensonge ne pourra bientôt plus tenir…
 

Les poussins de Mme Jeanjon
 

La Creuse, département dont la réputation en matière de population vieillissante et d’enclavement n’est plus à faire, est encore administrativement reliée, sauf preuve du contraire, à la République. Les lois devraient donc y être appliquées comme ailleurs. Or, de la même manière qu’en ville les opérateurs ont profité des faibles moyens de résistance des habitants des HLM pour leur installer des antennes sur la tête, ils se sont vraisemblablement dit que, dans un département à la population aussi rurale, personne ne leur chercherait des noises, et qu’installer leurs équipements à côté des fermes ne poserait aucun problème. Inutile de tenir compte, cela va de soi, des circulaires préfectorales, des prescriptions de la DIREN ou du plan d’occupation des sols. Pourquoi s’embêter avec la réglementation quand on œuvre pour le bien de 38 millions de personnes ?

Nadine s’est installée ici il y a dix-huit ans, la tête pleine de rêves de campagne. Rêves qui n’ont guère été trahis par la réalité, puisque avec l’aide de son mari, elle construisit cette maison exactement telle qu’elle la souhaitait, havre de paix pour sa famille, enclos de verdure et d’air pur… Tout allait bien pour tout le monde, y compris pour les poules. Car la famille Jeanjon appréciait d’élever une trentaine de volailles et de créer une nurserie pour poussins. Chaque année au printemps, les enfants venaient s’émerveiller des petites boules jaunes fraîchement écloses…

L’installation :

C’est en novembre 1998 qu’est apparu un pylône relais. Un grand modèle de 40 mètres construit par TDF, acquéreur du terrain contigu à celui de la famille Jeanjon, puis loué à Orange et Bouygues Telecom qui y installèrent sept antennes. “ Sur le moment, j’étais en colère, déclare Nadine, cet engin a été installé à 50 mètres de notre maison sans que personne ne nous ait informés de quoi que ce soit. À l’époque, je ne voyais que le préjudice esthétique. Nous qui nous étions installés à la campagne précisément pour oublier tout ça ! Puis le temps a passé, on y faisait un peu moins attention… ”

Rien n’a changé dans la vie du couple, sauf peut-être ces réveils systématiques en pleine nuit du mari de Nadine. Souffrir d’insomnie, cela peut arriver à tout le monde. Le surmenage, sans doute.

“ Au printemps 1999, nous avons mis comme chaque année des œufs dans la couveuse. D’habitude, tous éclosent. Or, cette année, seuls 5 sur 30 ont donné naissance à des poussins. Pourquoi ? Nous n’en avions aucune idée. Une mauvaise année, ça arrive, on ne s’est pas trop posé de questions. C’est l’année suivante, en 2000, que mon mari a commencé à s’interroger : pas plus de 1 œuf sur 5 avait éclos. Alors il a cassé les œufs et a trouvé à l’intérieur des poussins morts à différents stades de maturité. Jamais il n’avait vu ça. Pensant la couveuse défectueuse, il a fait couver 13 œufs à une poule empruntée à un voisin. Seuls deux d’entre eux donnèrent naissance à un poussin. Les autres, une fois cassés, délivrèrent les mêmes petits cadavres plus ou moins développés. ”

L’ombre d’un doute :

La question à se poser était simple : qu’est-ce qui, depuis 1999, avait changé ? Les regards se tournèrent vers le pylône relais, placé à une vingtaine de mètres du poulailler. Au même moment, la presse commençait à parler des risques afférents à l’usage des téléphones portables.

“ On avait choisi de vivre à la campagne, et voilà ce qu’on nous infligeait ! Personne ne voulait croire ce qui nous était arrivé avec les poussins ; c’est en appelant le Teslabel, association belge, que j’ai trouvé les premières personnes qui m’ont écoutée et m’ont conseillée. En France, PRIARTèM venait tout juste de se créer, j’ai appris son existence par un journaliste de Science et Avenir. Je suis entrée en contact avec eux et j’ai compris que nous n’avions que deux choix : soit vendre la maison, soit se battre. ”

Nadine, bien loin d’imaginer quelle prendrait un jour des responsabilités dans une action associative ou simplement qu’elle serait amenée à parler en public, a décidé de rester. Décision d’autant plus normale que l’étude de la déclaration de travaux nécessaire à la pose de l’antenne était truffée d’irrégularités : dimension du pylône supérieure à celle autorisée, tricherie en matière de surface bitumée, absence de consultation des riverains comme le préconise la circulaire ministérielle de 1998, couleur non conforme aux prescriptions de la Direction de l’environnement, entorse au plan d’occupation des sols, etc. Rien n’était respecté ! Avec des infractions aussi flagrantes, Nadine pensait bien que sa plainte en correctionnelle allait aboutir à une remise en question de l’existence du pylône. Or, au printemps 2002, soit dix-sept mois après que la dépose de la plainte a été déposée, le procureur de la République donne sa réponse : affaire classée sans suite. Sans suite, pour une plainte simple, ce n’est pas très surprenant, sauf que celle‑là reposait sur la dénonciation d’infractions constatées deux fois par les gendarmes sur la demande du procureur lui-même ! L’infraction étant établie, le procureur avait les moyens de poursuivre. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Pourquoi a-t-il attendu si longtemps avant de notifier sa décision ? “ Et après, on dit que les Français sont procéduriers ! ” s’exclame Nadine, bien décidée à se porter partie civile.
 

Outrage au bon sens :

“ Au départ, on ne veut pas y croire. C’est vraiment le phénomène lié à la mort des poussins qui nous a alertés. Grâce à PRIARTèM, j’ai pu contacter le professeur Mme Bastide qui a exposé des œufs fécondés au rayonnement d’un téléphone portable et à qui j’ai raconté ce qui était arrivé à mes poussins : pour elle, j’avais répliqué chez moi son expérience de laboratoire. Autour de nous, en Creuse, j’avais l’impression qu’on nous prenait pour des hurluberlus. Alors j’ai invité la presse locale et les élus à assister à une démonstration : mon mari allait casser les œufs devant eux. Ces œufs ont été incubés 25 jours au lieu de 21, et dedans, toujours des embryons morts à différents stades. ” Le maire lui-même, qui soutient les opérateurs, avouera ne jamais avoir vu ça, mais peu après, il qualifiera Mme Jeanjon d’ “ outrancière ”. Cette dernière, loin de se laisser impressionner, prendra la tête de PRIARTèM pour la région Limousin, et se rendra elle aussi au Sénat le 18 avril 2002 pour assister au débat sur le thème de la téléphonie mobile et de la santé. Alors que les opérateurs répétaient aux victimes que leurs malaises étaient “ psychosomatiques ”, elle interviendra pour demander s’il y avait aussi des effets psychosomatiques sur les poules. Silence. Puis, sifflements et huées. “ Lors de ce fameux débat, chaque fois que le professeur Santini ou qu’un membre de notre association intervenait, il était violemment hué par une partie de l’assistance. Nous nous sommes défendus, et si ces personnages ne s’étaient pas calmés, la réunion aurait pu très mal finir. Par la suite, j’ai appris que ceux qui nous ont insultés étaient des employés des opérateurs, payés 1 500 francs pour accomplir leur besogne ! Et ceci s’est passé en France, au Sénat ! Moi la petite Creusoise, je n’aurais jamais imaginé une chose pareille ! ” 

Le 27 septembre 2000, Elvina, l’une des filles de Nadine Jeanjon – qui a par ailleurs perdu 15 kilos –, reçut en cadeau un couple de souris blanches. La femelle accoucha de petits cadavres et mourut le 6 novembre. Le mâle continua à se gratter jusqu’au sang jusqu’à sa mort, le 1er janvier 2001. “ On ne savait pas ce qu’ils avaient, ils souffraient terriblement. C’était peut-être de notre faute, on n’avait pas su s’en occuper. Alors on a décidé d’en racheter d’autres, en suivant cette fois exactement les recommandations des éleveurs : nourriture appropriée, sciure, nettoyage de la cage tous les jours… Les deux souris sont mortes exactement dans les mêmes conditions que les premières. ” Photos à l’appui. Pourquoi des gens qui élèvent poules, oies et canards depuis plus de quinze ans, seraient-ils si maladroits avec les souris ? Problème aussi avec les chiens, la petite chienne en particulier, qui ne supporte plus de passer la nuit ailleurs qu’au fond du placard de la cuisine, et déchire tout ce qu’elle y trouve. Quant à Gaspard, le poisson rouge, on attend encore le résultat des observations…

 

Il y a du neuf concernant le combat contre les antennes relais !
Pour en savoir davantage, contactez l’association « Robin des toits ».